Court métrage "Le silence des cigognes"
site de
l'artiste : www.pinholeproject.fr
"Dans ma chambre"
m2026ai
Pierre Rochigneux
Pour une exposition à la Cour de
Sandrine Binoux
"Tetaween"
Mes multiples utopies, mes chambres sombres et mon grand âge fait d'instants, ai-je encore à révéler ? Je n'eus qu'un objectif dans ma vie et c'est de la fuir. Je sais la réussite proche de cette entreprise et je m'y consacrais lentement. J'avance, je me pense, j'y réfléchis, j'y fléchis. Je suis proche en corps, loin en pensée, j'ai pour durée le temps. Autour, tout s'agite et se presse, se brouille et s'organise, je ne suis pas dupe, rien de ça ne m'appartient et j'y évolue. Ainsi depuis ma naissance, dont je ne me souviens pas. Y étais-je ? On me répondrait oui, je garde une part de silence dans mon premier cri. Je garde en ombre la première lumière.
Pour une disparition contrôlée, un refuge est nécessaire ; l'entrée est un trou d'épingle et j'ai eu l'œil de la rencontrer sans la chercher. Je n'ai pas forcé le passage, je m'y suis coulé. J'en fus tout retourné, j'oubliai d'avoir peur comme on apprend à avoir peur quand on chute ou quand on sombre dans l'inconnu, quand on passe du bruit au rien, de la réalité à la fiction. Se souvenir est une drôle de machine. L'oubli est son carburant.
Le refuge me met la tête à l'envers et les idées en place. Je reste dans mon coin, je veux y être caché, entre quatre coins mon bon plan, je m'y projette, je mets tout à plat, je me fixe dans mes illusions et dans le rêve que j'appelle et qui peut-être vient ici ; un rêve sait lui aussi trouver les petits trous, les failles, les cachettes secrètes.
Un jour dans ma chambre il y aura autre chose que la nuit.
Taupe ? En équilibre entre dehors et dedans, des faux trous pour égarer les méchants coups de bêche. Cherchant les racines et respirant l'air de rien. Aveugle ? Illusion. Un refuge est une prison est un éden, je m'en sortirai à chaque entrée. Si j'veux. J'irai plus loin, autour du tour du monde. Je soulèverai le voile des passages ; partout peut se trouver un petit trou d'aiguille et partout un de mes refuges.
C'est une petite cachette, j'y compte mon instant, j'en sors magnifié. On me dit qu'on m’attendait, c'est gentil. Je me montre pour mieux me cacher. Je développe cette propension à l'ambiguïté. J'ai lu sur un site que chaque refuge est gardé par un petit oiseau. En vrai, jamais vu ni entendu.
Les refuges se rappellent ceux qui les fréquentent ou qui les recherchent. Parfois, je suis aspiré par un refuge avide, pendant une promenade ou chez une connaissance. Je m'en amuse, je ne reste qu'un instant, je sors en déséquilibre avec la sensation qu'on m'a volé quelque chose, une absence. Mon image, mon attitude, ma vie dans cet instant. Je me méfie de plus en plus et parfois je pense qu'une consommation de refuges devient une drogue contre la réalité que je fuis vainement.
Dans ma chambre qui n'est pas ma chambre tu viendras.
Parfois un flash. Mon corps devient une ombre plaquée à mon ombre contre le mur sur lequel je n'ai pas pu trouver refuge. "Tu n'as rien vu."
- Le cœur. La vue aussi, à vérifier. Sortez davantage.
- Je sors très souvent au ciné.
- Sortez dans les rues, regardez plus loin, élargissez-vous.
- Je dois grossir ?
- Non, élargissez votre regard, cherchez l'horizon, fuyez.
- Je veux fuir...
- Prenez les chemins, les champs, prenez l'air, prenez le soleil.
- Il me brûlerait.
Ainsi je suis fixé, j'étais à côté de la plaque et je reviens de loin, petit à petit j'ai grandi, cheveux passant du noir au blanc, je laisserai un peu d'argent, des histoires de papier, mes grands airs pour du vent, une suite de fins. J'emporterai mon portrait.

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