82...Exposition : Jean-Marc Cerino - mai 2026

 Jean-Marc CERINO

"L'air fut rouge et noir"

ou

"La réappropriation de l'histoire passe aussi par la peinture"


"Histoires d'histoire"

"Un singulier pluriel"

Pierre Rochigneux 

Pour une exposition à la Cour de

Jean-Marc Cerino

"L'air fut rouge et noir"

avr2026il

Au matin, mon rêve persistait, un rêve où j'inventais l'histoire du monde, son vocabulaire. Mon mal de dos aussi persistait. Je me levai plié de corps et d'esprit. La veille, j'avais mal porté ma peine. Il y a des techniques pour ça. Lever les charges, déplacer les pensées. J'étais parti sur une mauvaise idée. Je m'en rends compte quand je maugrée, quand je fais des circonlocutions ; je tourne en rond et je m'ennuie dans cette idée. Repartir à zéro. Le Verbe se fait mots, je reviens à moi, je reviens à nous. Renaître, c'est fuir le passé et regarder le présent. Le présent, le temps qu'il fait, le temps qu'il dure. Le présent ne fait que passé ? 

Nous trouvons dans l'expression de ces personnages un immense désir d'être avec eux, voulant pour nous l'événement, nous y incluant, le possédant ainsi. Se retrouver à la rue, la posséder, y porter également les vessies et les lanternes, se méfier des proverbes et des antiquités, coordonner les je pour faire un nous.

J'étais ailleurs, nous sommes ici, mon souvenir, notre mémoire. Nous remettons les pendules à l'heure de notre temps. Ressorts numériques, aiguilles en chiffres, nu@ges en clouds. Nos royaumes, une unique utopie mal prononcée. Nos refuges, la cachette, la gâchette d'un automatique. Nos étoiles, nos stars, un sempiternel coucher de soleil. Nos tempéraments, nos températures, un incendie possible, nos étincelles contre une flamme.

On nous cherchait des histoires, nous nous levions pour quelques centimètres de gloire, honneur aux perdants. Les chants dans les rues, dans les bars, nous les avions aussi sur vinyle précieux à la pointe qui dansait, incertaine ou volontaire comme nous l'étions. Plus désespérés sont les chants. Nous allions chercher le passé des tables rases et les chants de luttes, chœurs et cœurs, ça battait, ça se battait et nous avions l'iroquoise en sautoir ou le foulard léger sur le cheveu long, le cuir dur et rayé ou la laine de maman. Des histoires pour une histoire, des aventures pour l'aventure. Les premières fois se sont assemblées, l'expérience des expérimentations. Maladresses, voitures au fossé, au rouge l'ivresse des idées rouges et le noir pour les rimes presqu'inventées, nous continuions le combat. Le portions un peu plus loin, un peu plus près. Ce passé nous reste, en sable qui fut montagnes, en pierres dressées pour certains d'entre nous, plus imprudents ou plus osés pour un arbre qui ne bougeait pas, pour un plomb qui traversait, pour une maladie qui envahissait ; fantômes, nos ombres. D'autres viendraient, un cri d'écrits, d'autres viendront, un espoir des espoirs.

Je me lasse de mes certitudes, j'en trouve d'autres. Que s'use un sentiment, en viennent d'inattendus. Je tiens une idée, je la serre, elle éclate, forme des phrases. Une de mes larmes a fait les mers ; il fallut quelques cascades. Anguilles et saumons fatigués buvant ma larme et la recrachant, n'étaient pas venus pour ça. J'ai cru inventer ponts et barrages. J'ai vu les navires de guerre, vu les phares se vider de leurs humains. Les plages en plastique, le tourisme obligatoire, la haine des méduses, la haine des oursins : ça fout des boutons, ça pique. Nos idées. Poings serrés, comment porter le pavé ? Je posais une oreille dessus, j'entendais le navire du bagnard qui avait taillé ce pavé. Cry, Baby. Cry. Quitté les îles pour gagner la ville.

Nous nous retournons. Voir le passé, y puiser les notes et nos naissances. Les lointains. Les anciens perdus aux bronches sacrifiées, le fusil Lebel inauguré sur la peau du manifestant. Nous effaçons les disparitions par d'illisibles slogans. Par le mouvement des gestes figés traçant la fin des limites ; ce qui sépare relie. Un drapeau ? Épaisse transparence, un ruban qui veut le soleil, un jardin pour tous légumes, un besoin d'images et de phrases pour les enchantements, dessins à dessein, notre héritage. Notre trop-plein.

 

 


site de l'artiste :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Marc_Cerino


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